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Mix et interview de Bosq w/ Tushen Raï et La Distillerie

Mix et interview de Bosq w/ Tushen Raï et La Distillerie

Pour cette édition #52 de Ride The Rhythm présentée par le master of sound Tushen Raï sur nos ondes, l’équipe La Distillerie s’est envolée pour le nouveau continent et la chaleur tropicale de la Colombie où le natif de Boston et membre des Whiskey Barons, BOSQ, a récemment posé valises et platines. Mise en lumière sur ce digger de l’extrême qui a gonflé les rangs de Soul Clap Records, Ubiquity, Candela Records et sur sa carrière emplie d’influences et de découvertes soul, funk et afro-latines.


Bosq – Interview


Comment définirais-tu ta musique ?

J’ai souvent du mal à me concentrer sur un style de musique en particulier, ce qui n’a probablement pas aidé ma carrière haha. On pourrait définir mon style comme de ‘l’afro-latin disco funk’.

Quel est ton processus de création lorsque tu travailles sur une prod ou un nouvel EP ? Est-ce que tu es plus du genre à improviser sur un instrument ou à te passer quelques galettes pour trouver de l’inspiration ?

En fait, je fais de la musique tout le temps sans vraiment me poser la question de savoir comment je vais utiliser mes enregistrements. J’ai plus tendance à faire ça au feeling. Généralement, je commence par la partie rythmique avant d’improviser au clavier jusqu’à tomber sur un son ou une ligne d’accords qui me plait. Après je façonne le tout pour que le morceau prenne forme et que ça ressemble à une vraie chanson. Beaucoup d’idées de départs sont délaissées au profits d’autres mais je fais pas mal d’ébauches que je me réécoute ensuite à tête reposée pour en tirer les meilleurs sons. Une fois que j’ai une bonne pile de matière, je commence à réfléchir à comment tout assembler pour en faire un album ou un EP.

Quand es-tu tombé sous le charme de la musique afro-latine ? Est-ce que tu as grandi dans un environnement riche en musique ou est-ce que ta passion est arrivée sur le tard ?

Je ne pense pas avoir eu une éducation plus riche musicalement que la moyenne mais j’ai commencé à me passionner de musique très jeune. Je me souviens qu’à 10 ans, je passais mon temps à écouter du hip hop et du reggae-dancehall. Mon premier coup de cœur musical ça a été Rza et tous les sons hip hop qu’il a produit. Je n’arrêtais pas de me les passer en boucle. Je me rappelle m’être dis vers mes 13-14 ans que je voulais faire de la musique mon métier et je ne suis jamais revenu sur ma décision. Ma passion pour la musique afro-latine m’est venue plus tard, quand j’ai vraiment commencé à mixer plus sérieusement. En tant que DJ, on passe notre temps à digger et chercher à en apprendre plus sur les musiques qu’on découvre, à trouver des morceaux obscurs oubliés ou peu connus pour les mettre en lumière. Quand je suis tombé sur ce genre de musique ça a été comme un déclic pour moi, au point de devenir une obsession, comme le hip hop quand j’étais plus jeune. J’en dévorais littéralement autant que je pouvais en essayant de m’en instruire le plus possible. Il y a ce petit quelque chose d’incroyable dans ce mélange entre complexité musicale et rythmiques très dansantes dans la plupart des sons afro-latins que j’aime tant.

Tu joues toute une panoplie d’instruments différents sur tes productions (le piano / rhodes, les percus, la basse, etc.). Est-ce que tu as pris des cours quand tu étais plus jeune ou est-ce que tu as profil plus DIY (do it yourself) et tu t’es improvisé multi-instrumentiste ?

J’ai un profil très DIY. J’ai suivi quelques cours de solfège quand j’étais à la fac mais en ce qui concerne la pratique, j’ai appris tout ce que sais en regardant des vidéos sur Youtube et en pratiquant. Je ne pense pas être particulièrement bon musicien pour autant mais je sais généralement comment arriver à mes fins, surtout avec un peu de retouches haha. C’est au piano (mon instrument favori) que je suis probablement le meilleur.

Ton dernier LP San Jose 51 est un croisement subtil et coloré de différents styles musicaux, entre musique portoricaine, funk, reggae, house et sonorités africaines. Peux-tu nous en dire plus sur ce beau projet et comment il a vu le jour ? Est-ce une façon pour toi de rendre hommage à la musique afrocaribéenne et portoricaine plus particulièrement ?

J’étais déjà allé à Puerto Rico en tant que membre des Whiskey Barons pour jouer à une fête qui s’appelle ‘Que Sabroso’ et l’organisateur de la soirée, DJ Lucha Libre, m’a présenté à au chanteur et percussionniste Tempo Alomar et à Pablo, le patron de Candela Records et de pas mal de bars à Puerto Rico. A l’époque, je travaillais sur mon EP Tumbalá qui devait sortir sur Soul Clap records et il me manquait un chanteur pour la track principale. C’était une sorte de mélange de styles afro-latins. Je l’ai faite écouter à Tempo et il a tout de suite accroché et commencé à écrire des paroles. Heureusement, on a pu enregistrer le lendemain juste avant de partir grâce à l’aide de Chaman, un producteur local qui nous a prêté son studio d’enregistrement pour l’occasion. Quand Pablo a entendu le rendu final, il m’a proposé de revenir pour enregistrer un album entier avec un groupe local, un peu comme Bronx River Parkway qui était venu enregistrer ‘San Sebastian 148’ avec le groupe La Candela All-Stars.

Tu es allé jusqu’à San Juan au Puerto Rico pour enregistrer certaines parties essentielles de ton LP avec La Candela All-stars. As-tu fait ce choix pour rendu plus authentique ? Comment s’est passée la collaboration avec ce groupe mythique ?

J’ai préparé l’album en me focalisant sur tous les mélanges de styles qui ont vu le jour à Puerto Rico ou que ce pays a influencé et vice versa. J’ai commencé une dizaine d’ébauches rassemblant tous ces différents styles et influences avant d’y retourner et d’enregistrer le plus d’éléments possibles sur une période de 5 jours pour finalement rentrer et finaliser l’assemblage de toutes les pistes enregistrées depuis chez moi. C’était incroyable de pouvoir travailler avec les mêmes musiciens qui avaient enregistré des albums avec Apollo Sound ou d’autres groupes du genre. Tempo est quelqu’un de formidable aussi, il a écrit pratiquement tous les lyrics du projet en un jour ! On a aussi eu quelques contributions du groupe Afar : Evan Laflamme m’a envoyé des enregistrements de cuivres pimpants et Ray Lugo des superbes vocals pour Aquarembe.

Est-ce que tu portes beaucoup d’importance au fait de combiner l’ancien au nouveau ?

C’est vraiment ce qui m’inspire. Je préfère garder les sons originels et essayer de communiquer les sensations que je ressens en écoutant de la musique organique Aujourd’hui, beaucoup de morceaux sont ‘surproduits’ et je trouve qu’ils manquent de quelque chose. Mais à chacun ses préférences… c’est comme ça que j’ai besoin d’exprimer ma musique et il se trouve qu’elle est à mi-chemin entre le vintage et le moderne.

Quels sont les artistes qui influencent le plus ta musique au quotidien ?

Il y en a beaucoup ! Mais ceux qui m’inspirent le plus sont probablement Fela Kuti, Fruko et tous ses différents projets, Ray Baretto, The Mizell Brothers, Roy Ayers, et des groupes disco-funk comme Brass Construction ou encore Chic… Je pourrais remplir une page entière mais ceux-là font partie de mes influences principales.

Si tu devais choisir LE morceau qui te définit le mieux (ta personnalité, ta façon d’être, ton histoire), ce serait :

C’est vraiment une question difficile ! Je ne pense pas pouvoir choisir un morceau avec des paroles parce que ce serait trop spécifique… Je vais opter pour le remix de ‘Love is the Message’ par Larry Levan. Ce titre est un vrai credo pour moi. Faire preuve d’amour envers les gens, peu importe leur couleur, leur orientation sexuelle, leur religion, … J’ai un peu la même façon de concevoir la vie que cette chanson, simplement, avec qualité et profondeur.

Je ne créé jamais rien sans y mettre toute mon énergie. J’ai tendance à tout donner sur les projets qui portent mon nom. Et même si cette track peut paraître assez simpliste à première vue (avec presque la même ligne de basse pendant 10min) elle est remplie de petites subtilités.

Quels sont les pays dans lesquels tu aimes le plus voyager pour jouer et digger des sons ?

En fait, j’ai tellement aimé la Colombie quand je suis venu y jouer que j’ai fini par m’y installer. C’est vraiment l’endroit que je préfère pour digger. J’adore y jouer aussi mais chaque endroit a ses petits plus. J’aime beaucoup jouer en Europe parce que les gens ont une grande ouverture d’esprit en ce qui concerne les styles de musique qu’ils ne connaissent pas. C’est parfois l’impression que j’ai aussi en jouant à New York !

Est-ce que tu as une liste de petites perles musicales sur lesquelles tu aimerais un jour mettre la main ? Est-ce que tu as un disquaire chouchou parmi tous ceux où tu aies jamais été ?

J’ai une liste dans la tête mais je ne me suis jamais rien noté. Je préfère chercher des disques qui ont une pochette qui sort du lot et que je ne connais pas. Je trouve ça toujours beaucoup plus excitant. Après, c’est toujours génial de pouvoir trouver une galette qu’on cherche depuis des années aussi. En ce qui concerne le disquaire favori, pendant longtemps, ça a été Big City à New York mais ils ont fermé depuis. J’adore digger dans les vides greniers, les marchés aux puces ou toutes sortes de lieux bizarres où les gens entreposent toutes leurs vieilleries et où tu peux encore dénicher des vraies pépites pour beaucoup moins cher que les prix auxquels tu peux les trouver sur Discogs ou Ebay.

Est-ce que tu peux nous citer 5 tracks que tu aimes jouer pendant un set ? Ça change souvent mais j’ai quand même quelques favoris :

The Crashers – Flight to Jamaica

Grupo Socavon – homenaje a justino

Roy Ayers – Running Away

Fela Kuti – Opposite People

Barrington Levy – Under mi sensi

Quelle relation entretiens-tu avec la Colombie ? C’est plutôt la musique, les paysages, ou la culture qui t’attire tant ?

C’est absolument tout ! Avant d’y avoir mis les pieds, c’était purement la musique qui m’attirait. J’adorais la combinaison parfaite des sonorités africaines et latines. En visitant la Colombie, j’ai été saisi par la diversité et la beauté de la nature. La région où je vis est très montagneuse et c’est un des endroits les plus riches et verdoyants que j’aie jamais vus. Mais c’est quand même la culture et les gens pour lesquels j’ai le plus d’admiration. La Colombie a surmonté tellement d’épreuves ces 100 dernières années, même avant la guerre civile et la prise de pouvoir des narcotrafiquants, les colombiens ont fait les frais d’une intense violence politique. Et malgré ça, vous trouverez difficilement un peuple aussi chaleureux et accueillant dans le monde. Presque tout le monde ici m’a super bien accueilli, que ce soit mes voisins, les DJs locaux ou les patrons de clubs. Ça change de Boston haha !

Tu sembles avoir un goût pour la nature et les paysages florissants comme on peut le voir dans le clip de ‘Cumbia en Bahia’. Est-ce qu’un message se cache derrière ces belles images (comme par exemple encourager les gens à être plus respectueux de l’environnement) ou s’agit-il plus d’un hommage à la Colombie ?

La vidéo a plus été conçue comme un hommage à la beauté de la Colombie et à la région d’Antioquia en particulier où les séquences ont été prises. Mais tant mieux si cela peut aider les gens à apprécier plus la nature. Je me suis toujours senti concerné par ce genre de problématiques et tenter d’aider à préserver la nature des dégâts causés par l’homme en fait partie. Une des raisons pour lesquelles je vis ici est que ma femme est très impliquée dans tout ça, elle étudie et donne des cours sur l’agriculture durable, la phytothérapie (médecine végétale) et sur les méthodes de travail qui visent à préserver l’environnement. C’est un mouvement auquel les gens portent de plus en plus d’importance dans ce pays.

Parlons un peu des Whiskey Barons. Comment cette alliance entre toi et The Bogart a vu le jour ? Vous étiez tous deux passionnés de musique (et de whiskey) ? Quelle vision aviez-vous au départ pour ce beau projet ?

On mixait déjà ensemble depuis un bon moment avec The Bogart et Drew2, un ami à nous. Ce projet était une sorte de ramification pour se focaliser sur des sons plus rétro soul, funk et afro-latins. Le whiskey était aussi notre boisson de prédilection à l’époque ! On passait notre temps à dénicher et ré-éditer de vielles tracks, faire des mixtapes de musique qu’on aimait et tenter de remettre un peu de musique intemporelle dans les oreilles des gens et les DJ sets.

Quels sont tes projets pour l’année à venir ?

J’ai pleins de projets sur le feu en ce moment. J’ai travaillé sur un nouvel EP en collaboration avec le batteur et co-fondateur de The Rapture, Vito Roccoforte, qui vient tout juste de sortir en 33 tours sur Razor N Tape. L’EP s’appelle BODY MUSIC, c’est un mélange disco / house avec des influences jazz, gospel et funk. Je suis aussi en train de peaufiner mon troisième LP qui sortira chez Ubiquity Records. Je devrais sortir la track principale de l’album courant mars. En parallèle, j’ai commencé à travailler sur un autre album qui sera rempli d’influences latino-américaines pour Fania Records, le premier projet produit dans mon nouveau chez moi, en Colombie ! Je me tiens bien occupé, j’ai pas mal de remixes qui devraient sortir prochainement.

D’après toi, quels sont les artistes émergeants à suivre et qui feront bouger la scène musicale de demain ?

J’avoue que je ne suis pas toujours à jour sur les nouveautés vu que je passe mon temps à enregistrer en studio mais j’adore tout ce que fait Patchworks avec Voilaaa. Vaudou Game sort des disques incroyables ! Il y a aussi The Pendeltons qui sortent plein de belles choses cette année. Il y en a plein !

Merci à Bosq et Tushen Raï pour avoir rendu cet échange possible.

Interview et traduction par Rémi Taranta.

RTU

février 13th, 2017

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