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Sexisme et harcèlement : une question d’éducation ?

Sexisme et harcèlement : une question d’éducation ?

Le sexisme à l’université ? Dur à croire. Et pourtant, le succès du blog Paye Ta Fac en témoigne, le sexisme à la fac n’est pas un mythe. Il n’est pas même, marginal.

Bénévole pour l’association Paye ta fac et co-responsable du tumblr, Romane Caron est bien placée pour constater l’urgence. Constater et s’étonner. A l’origine, Paye ta fac n’est qu’un projet universitaire créé par des étudiants pour traiter de l’égalité femme/homme à l’université. Aujourd’hui, il reçoit cinquante témoignages par jour et un relai médiatique à toute épreuve.

Quelles conséquences ? Paye ta fac est devenu une vitrine, un gigantesque panneau publicitaire directement destiné aux institutions et aux autres universités. Car comme le dit Romane Caron, la conscience doit aussi venir par le haut, par la sphère politique et les administrations qui, décidément, traînent à s’emparer du sexisme.

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Du sexisme et du harcèlement ! Yannick Chevalier, vice-président en charge de l’égalité et de la vie citoyenne de l’université Lumière Lyon 2, est clair : le harcèlement à l’université existe. Et non, ce n’est pas surprenant. Ce qui est surprenant, c’est justement de croire que ça n’existe pas, que le savoir est désincarné, que les pulsions, les psychologies et les corps ne se retrouvent pas dans les facultés.

Faisons tout d’abord la part des choses. Le sexisme est une inégalité de traitement, le harcèlement, lui, est l’usage de sa position hiérarchique en vue d’un retour affectif ou sexuel. De la drague donc ? Bien plus que de la drague puisque, comme le dit Yannick Chevalier, quand on dit « non » à l’université, on ne fait pas que se débarrasser d’un gros·sse lourdaud·e, on pose la question de sa carrière. Quand on dit « non » et quand on dit « oui » d’ailleurs. Car comment être sûr·e qu’une bonne note est honnête quand on couche avec son directeur·rice de mémoire ?

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Et pourtant, la sensibilisation au harcèlement ne date pas d’hier. Voilà une dizaine d’années que le mouvement féministe dans le milieu supérieur (notamment conduit par des doctorantes) est apparu, que les réseaux et associations travaillent la question. Sur le plan politique aussi, les choses ont bougé. Surtout depuis l’arrivée de Najat Vallaud-Belkacem au gouvernement selon Yannick Chevalier. La loi de 2013, puis l’obligation faite à tous les établissements universitaires, en 2016, de créer une cellule de prise en charge du harcèlement universitaire ont été de bonnes pistes.

Mais des pistes, elles n’ont malheureusement été que cela. Peu d’université ont crée cette cellule. Certaines en ont même été indignées. Allons allons…On va vraiment dégager de l’argent pour ça ? Ça concerne tout au plus quelques disciplines non ?

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Non pourtant. Selon Yannick Chevalier, le harcèlement vise bien toutes les disciplines. Toutes les disciplines et tous les profils. Avec une préférence pour le master et le doctorat. Car la relation plus individuelle au professeur, les enjeux de carrière et l’âge des élèves sont autant d’atouts au chantage et au vice.

Alors voilà, que faire ? Yannick Chevalier est plus ciblé que Romane Caron. On ne peut rien attendre de la politique, selon lui. Il faut que le mouvement vienne du bas. Il faut que des initiatives résonnent au point de faire trembler la colonne de l’institution. Pour le sexisme, Paye ta fac a réussi. Qui réussira, maintenant, pour le harcèlement ?

Jadd Hilal

Nova Lyon

février 20th, 2017

One comment

One Comment

  1. NATHAN. B says:

    Très bel article, merci 🙂

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