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Taubira, on t’oubliera pas

Taubira, on t’oubliera pas

Amis de la bigarrure et de la belle prose, voilà une lecture faite pour vous. Le 23 février, l’ex-ministre de la Justice Christiane Taubira a publié Nous habitons la Terre, un essai au carrefour de la philosophie, de la littérature et de la politique !

Une personnalité politique publie un livre ? Attention au danger ! Attention au ghost writer qui pourrait bien se cacher derrière. Parfois pourtant, on est surpris. Pas seulement parce que la femme ou l’homme politique est celui qui écrit mais parce qu’en plus, c’est bien.

Il faut dire, Christiane Taubira, ce n’est pas vraiment une newbie de la littérature. Elle a publié 7 essais, des mémoires et même une nouvelle (« Mabula Taki »). De là un style maîtrisé. Dès les premières pages, le lecteur est captivé. Captivé par la « géographie de l’épouvante », la « litanie de l’horreur » qu’est la crise.

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Le monde va mal. Et la crise, qu’elle soit économique ou humanitaire, n’est pas seule coupable. Il y a aussi le temps. Le temps manque. On est submergés par les chiffres, les sondages, les noms. Gavés par l’information qu’éructent les réseaux sociaux, les radios, les chaînes télévisuelles. Une information en continu qu’on ne digère plus.

Et puis il y a les mots. Des mots fourre-tout. Des mots si familiers qu’ils ne disent plus grand chose. La crise aujourd’hui, c’est comme la météo. On peut en parler avec son voisin dans l’ascenseur et dire « Alala… » juste avant.

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Christiane Taubira, Paris, février 2016

Christiane Taubira, Paris, février 2016 . © Frédéric Stucin pour Les Inrockuptibles

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Des mots qui cachent aussi. Quand on dit « crise », on se lave les mains. « L’intempérance des agioteurs » ? « Crise financière ». « Les stratégies cyniques sur hedge funds » ? « Crise obligataire ». « Les jeux boursiers sur denrées agricoles » ? « Crise alimentaire ». « Les escroqueries dans l’élevage et l’abattage » ? « Crise sanitaire ». « La convoitise des actionnaires qui délocalisent » ? « Crise économique ». « La surexploitation des ressources naturelles » ? « Crise écologique ». « Les cadeaux fiscaux aux nantis » ? « Crise budgétaire ». « Les démagogies pour enrager les pauvres » ? « Crise morale ».

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Urgence donc. Mais que faire ? Eh bien tout d’abord : débattre. « On ne peut croire à une vie sociale sans divergence d’intérêt, et sans antagonismes. Sans luttes. » Très français, on pourrait répondre. Sauf que voilà, ici, on ne parle pas de politique. On parle de nous.

Bottom-up, disent les Anglais. Le changement vient par le bas. C’est à la société civile, à défaut de la puissance publique, que revient le rôle de bousculer les choses. Le vice-président en charge de l’égalité et de la vie citoyenne à l’Université Lumière Lyon 2, Yannick Chevalier l’avait dit au sujet du harcèlement dans le domaine universitaire : le bouleversement ne vient pas des institutions, il vient de nous.

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Mais encore faut-il qu’on le veuille. C’est sur cette injonction que se termine l’essai de Christiane Taubira. Il faut vouloir. Vouloir « être de ce tout effervescent, indivisible ». Vouloir « qu’en dépit de nos préférences et de nos préjugés, ce soit la règle de droit qui nous gouverne. » Vouloir « que la justice demeure la finalité de l’action publique ». Vouloir, enfin, « continuer d’être liés autant par l’avenir à bâtir ensemble que par le passé et les histoires singulières ».

Et vous, chers lecteurs, voulez-vous ?

Jadd Hilal

 

RTU

mars 17th, 2017

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