Actu

Dans la rue de Sadia Hessabi, cuisinière afghane

Dans la rue de Sadia Hessabi, cuisinière afghane

Chaque semaine, on regarde Lyon à travers les yeux d’une personnalité lyonnaise. Un périple urbain et humain qui nous amène cette fois à parler du Refugee Food Festival. Organisé dans le monde entier, l’objectif du festival, c’est d’inviter des chefs réfugiés à cuisiner dans de grands restaurants. Parmi ces chefs, il y a Sadia Hessabi. D’origine afghane, réfugiée politique elle est arrivée en France à l’âge de 15 ans. Nous on a choisi de la suivre toute cette semaine à travers ses rues, ses plats et ses souvenirs.
br

Lundi

Café à la main et sourire aux oreilles, Sadia nous attend sur la plateau de la Croix-Rousse.  “J’aime beaucoup cet endroit parce que c’est vivant ! Il y a le marché et les producteurs du coin”. Arrivée à Lyon en 1998, elle a d’abord été aide soignante à l’Hôpital du Vinatier. Après 20 ans là-bas, elle choisit d’arrêter “parce qu’il n’y avait plus d’humanité” et de se consacrer à la cuisine.
br
br
“Pourtant mon premier rapport avec la nourriture française était catastrophique ! Mon Dieu ! Le fromage ! Mais pourquoi ils font ça ?”
Diplôme en poche à 40 ans, elle participe cette semaine au Refugee food festival. Les principes du festival, c’est Claire, qui l’organise à Lyon, qui nous les détaille. “On veut changer le regard sur les réfugiés, permettre l’insertion socio professionnelles de ces chefs et créer un moment de partage”. Sadia est invitée dans les cuisines du Ravigote, un restaurant du 6e arrondissement. “Je vais faire un palaw […] et le dessert Kaboulyon, c’est le dessert de Kaboul avec la praline lyonnaise !”.
br


br

Mardi

On s’arrête au pied du Gros Caillou. “J’aime bien être là, ça me repose, j’ai l’impression de voir le ciel, la terre…tout mélangé”. Assises là, on discute du livre Femmes d’ici cuisine d’ailleurs. “On est 15 femmes de quartier différents, quartiers sensibles […] et on raconte notre parcours de vie et la recette qui nous a marqué”. Sadia avait envie aussi de parler un peu différemment de l’Afghanistan.
br
br
“Il y a une culture, une gastronomie, des gens chaleureux qui ouvrent leur porte à un, deux, dix !”
Elle se remémore les odeurs de son pays… Et celle des kebabs afghans. “Les moutons là bas ont des fesses énormes… Alors que les petits moutons français n’en ont pas ! Nous on fait les grattons avec l’agneau… Ça, c’est une odeur que je ne retrouverai pas”.
br

br

Mercredi

Avec Lyon en toile de fond, Sadia nous raconte son départ d’Afghanistan et son arrivée en France. “Je suis arrivée toute seule parce que j’ai perdu mes parents en Afghanistan […]  j’avais tout perdu là-bas”. Elle nous raconte ses premières années passées à Chalon-sur-Saône, sa première cuite au blanc-cassis, ses coups durs, et son besoin de raconter son histoire.
br
br
Elle n’est jamais retourné en Afghanistan.
“J’ai peur de mes souvenirs”. Ses larmes montent quand elle détaille son départ. “C’était tellement douloureux. […] J’avais une petite radio de marque Nova que j’avais amené avec moi en France et je cherchais les ondes afghanes et je ne les trouvais pas… Je savais pas que les ondes changeaient et ça ne me rassurait pas du tout”.
br


br

Jeudi

Sadia nous conduit cour des Voraces et nous raconte la soie, de Croix-Rousse et ses Bistanclaques à la route de la soie. “En Afghanistan, les gens s’arrêtaient chez mes parents […] J’ai des photos de la bas, ça me faisait penser aux hippies”.
br
br
Elle nous dévoile aussi quelques anecdotes pas piquées des vers (à soie? Non ? Bon… ) de son apprentissage du français et comment elle a confondu fêlure et fellation lors de son premier stage en maison de retraite.
br


br

Vendredi

On arrive en bas des pentes, on discute de son collectif Les savoureux compagnons, de ses plats français préférés et de la lettre qu’elle a un jour écrit à Paul Bocuse. “Comme ça, pour son anniversaire et pour lui cuisiner un plat afghan”.
br
br
Et on termine notre balade devant le Café 203. “C’est là ou j’ai commencé la cuisine” explique Sadia. “J’ai travaillé là 6 mois… Et après je me suis dispersée, un peu partout !”.
br


Br
br

Nova Lyon

juin 15th, 2018

No comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *