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« Midi dans la gueule du monde » avec Lindigo

« Midi dans la gueule du monde » avec Lindigo

Bientôt 20 ans que ce groupe réunionnais fait voyager leur maloya sur tous les continents. Ce rythme amené par les esclaves africains devenu musique de révolte et patrimoine culturel de l’île Bourbon. Mathieu Girod rencontre leur leader Olivier Araste. Retour sur l’histoire de ce groupe et découverte de leur nouvel album « Komsa Gayar » (Helico Music)
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Tout commence dans le quartier natal d’Olivier, à Paniandy, un quartier malgache de Bras-Panon, dans l’est de l’île. Il fait ses premiers pas en jouant en cachette avec les ustensiles de cuisine de sa mère puis se fait initier très jeune au maloya. Son père l’intègre aux cérémonies malbars (des descendants de tamouls venus d’Inde pour travailler dans les champs de canne) et son grand-père, joueur d’harmonica, le familiarise aux servis malgas, l’équivalent des servis kabaré créoles.
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Ces cérémonies rituelles nocturnes sont rythmées par la danse et les chants maloya pour entrer en communication avec les ancêtres. Olivier Araste devient un « Maloya Man » et entame en parallèle une carrière de musicien à l’âge de neuf ans. Il devient chanteur et multi-instrumentiste et s’investit dans la revalorisation du maloya. La maîtrise des traditions en poche et l’envie de découvrir les autres musiques de la planète débouchent sur une devise pour Olivier : « Kan ou koné oussa ou sorte, ou koné ousssa ou sava » (Quand tu sais d’où tu viens, tu sais où tu vas).
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C’est là que Lindigo naît en 1999 et continue de représenter dignement le maloya aujourd’hui après 900 concerts. Lindigo surprend par cette interprétation nouvelle du maloya : puiser dans la tradition et y incorporer de nouvelles influences. Leur premier album, Misaotra Mama, en 2004, est un retour aux racines malgaches du maloya, on entend des chants malgaches ainsi que des rythmes salegy et tsapiky se mêler aux habituels instruments réunionnais : le piker, le rouler et le kayamb. Cette nouvelle vision du maloya fait que des producteurs et djs s’intéressent au groupe.
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Les sons de Lindigo sont remixés, passent en club et contaminent le monde. Et les albums s’enchaînent. Pendant ces tournées, ils rencontrent le musicien et composteur Fixi (Java, Winston Mc Anuff) au festival Sakifo. Cela débouche sur Maloya Power, l’album de l’ouverture au monde. Cette fois-ci le maloya retrouve ses origines africaines : on y entend le balafon, le ngoni. Et il se modernise en flirtant avec le dub.
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« Avant, on pensait moderne, mais on jouait traditionnel. Fixi a su nous aider à rendre notre musique moderne tout en la gardant authentique. Il nous a poussés à nous dépasser, à explorer d’autres sonorités. Il nous a permis cette liberté et l’a en même temps canalisée.»
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Cette collaboration continue sur le 5ème album du groupe, Milé Sèk Milé (Je suis ce que je suis) où Olivier reste intègre et combatif pour défendre le maloya et sa reconnaissance. Le groupe voyage énormément et fait une autre rencontre déterminante avec le groupe sud-africain Skip and Die, il s’en suit un featuring Maloya Magic et la formation tropical-bass se retrouve à la réalisation de leur sixième opus, Komsa Gayar.
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Il y aura forcément une empreinte électronique mais pas que. Le groupe mené par Olivier Araste s’est envolé vers Cuba pour enregistrer ce disque à la Havane au studio de Pablo Milanes. Ils y rencontrent le mythique groupe Los muñequitos de Matanzas et font flirter pour la première fois le maloya aux musiques afro-cubaines. Komsa Gayar raconte l’histoire du maloya et celle d’Olivier Araste : une aventure musicale riche et remplie d’influences.

« Je reste intègre, je prends la tradition pure la garde avec moi et absorbe les autres musiques et fait voyager le maloya avec moi » « On est parti à Cuba, j’ai découvert que c’était des créoles comme nous, des enfants d’esclaves sur une île. J’ai eu ma claque ! Et on a tout de suite commencé à composer avec eux »

Nova Lyon

septembre 24th, 2018

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