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Dans la rue de Muriel Ferrari, la dernière mère lyonnaise

Dans la rue de Muriel Ferrari, la dernière mère lyonnaise

Cette semaine, Lucie Baverel reprend ses déambulations sonores à travers la ville de Lyon, guidée par une personnalité lyonnaise. Cette fois, elle observe les rues du 3e arrondissement à travers les yeux de Muriel Ferrari, la gérante au parcours “atypique” du Café des Artisans. Ancienne détenue, ancienne prostituée et proche du gang des lyonnais,  elle nous raconte son histoire, entre bouchon et prison.

Lundi

Elle nous a donné rendez-vous dans son restaurant, Le café des artisans, 116 bis rue du Dauphiné, un bouchon qu’elle gère seule depuis 15 ans. Elle en a aujourd’hui 63. “J’aime cet esprit cuisine de grand-mère”. La cuisine, Muriel Ferrari l’a apprise toute seule. “Quand on a eu une vie un peu atypique, il y a un jour ou il faut se calmer, et sans avoir fait d’études, j’avais que cette possibilité”.
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Cette vie “
atypique”, elle a commencé de manière dramatique. Elle a 2 ans quand sa mère se fait étrangler. A 15 ans, elle s’installe à Paris et rencontre des gens aussi paumés qu’elle. “On avait faim alors on a commencé à voler.” A 16 ans, elle se retrouve en prison, et “ça se passe très bien! […] Ça me permettait de me refaire une santé !”.
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Mardi

On retrouve Muriel accoudée sur une des nappes à carreaux de son resto. La clope toujours à porté de bouche, elle nous raconte son arrivée à Lyon et comment elle a commencé à se prostituer. “C’était un boulot comme un autre”. Comme sa vie est un roman, elle a fini par l’écrire dans un livre intitulé “Je voulais vous dire”. Il est préfacé par Edmond Vidal, le Monmon du gang des lyonnais. “On est pote depuis 40 ans !”.
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Mercredi

“Muriel, c’est une grande dame, d’une grande gentillesse…. qu’elle ne fait pas voir !”.  Diego est un habitué du Café des artisans. Avec lui, on discute gastronomie et jeux facebook, puis on ferme le lourd rideau de fer du café.
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Muriel Ferrari nous fait monter dans sa vieille voiture déglinguée, direction la prison Montluc. L’occasion, de parler de son quartier
“devenu un quartier dortoir”, de “ses conneries” et ses envies de Cantal.
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Jeudi

On arrive à la prison de Montluc, aujourd’hui musée de la Résistance, qui a vu passer Jean Moulin, Klaus Barbie, et où Muriel Ferrari à fait “deux petits stages”. “Si je m’attendais un jour à faire visiter la prison !”. Un lieu lourd de sens pour elle, puisque c’est ici aussi qu’elle a découvert que sa grand-mère avait fait parti de la résistance et qu’elle avait vécu l’enfer des camps.
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Muriel est passée par ici à 25 ans. Elle se souvient de la cour de promenade, du réfectoire et de sa cellule qu’elle nous fait visiter.
“Ça fait comme quand on déménage et qu’on revient dans le quartier !” dit-elle en éclatant de rire. “Ce qui me fait drôle c’est de pouvoir circuler comme je veux !”.

Je voulais vous dire : Récit de vie, de Muriel Ferrari, paru en 2016 aux éditions La Passe du vent.  

Nova Lyon

octobre 22nd, 2018

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