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Dans la rue d’un Chibani, Amar Hamlati

Dans la rue d’un Chibani, Amar Hamlati

Cette semaine Lucie Baverel  s’en va se balader et observer les rues de Lyon à travers les yeux et les histoires d’Amar Hamlati. Amar est chibani (vieux sage en arabe), il fait partie de ces hommes et de ces femmes qui ont laissé leur famille dans leur pays d’origine pour venir travailler en France, qui y vivent depuis des décennies et semblent aujourd’hui oubliés par la société. Alors pour les accompagner et les sortir de l’isolement,  il y a une association à Lyon, c’est l’Olivier des Sages. Elle a célébré ses 10 ans cette année et Amar à choisi de nous y retrouver.

Lundi

On rencontre Amar Hamlati autour d’un café rue l’épée. C’est là qu’est installée  l’association l’Olivier des Sages. Il nous explique. “Les chibanis, ont perdu beaucoup de choses, ils sont venus en France, ils ont travaillé toute leur vie et aujourd’hui personne ne s’occupe d’eux ou ne les écoute”.

L’association est là pour ça et accompagne des centaines de chibanis ou chibanias. “L’idée c’est à la fois de créer un lien et de répondre à leurs attentes administratives” nous apprend Nadia, sa coordinatrice. “On est des oubliés, l’association nous remonte le moral. C’est notre deuxième famille“.

Mardi

Amar nous fait visiter les lieux, de la cuisine à l’épicerie sociale et solidaire. On y rencontre Vincente qui est gestionnaire alimentaire.

“Moi avant j’étais chef de magasin, c’était autre chose […] Là, le matin, on sait pourquoi on se lève.” Et on rattrape Amar qui tente de se faire la malle.

Mercredi

On passe en revu les portraits de chibanis qui ornent les murs de l’association et on parcourt les pages du livre, consacré à ses 10 ans. “Vous pouvez le feuilleter mais après faut payer !” se marre Amar.

Il a 68 ans. “Bah oui, je suis jeune !”. Il nous raconte. Son départ de Tizi Ouzou, son arrivée en France, à Paris et puis Lyon, ses premiers jobs, et son désir de rentrer.

Jeudi

Toute sa famille est en Algérie. “Moi je ne peux pas les ramener. […] Maintenant je peux juste ramener la maman mais elle ne veut pas laisser ses enfants”.

“J’ai envie de retourner là-bas mais je ne suis pas en bonne santé et si tu restes plus de 4 mois, ils t’enlèvent tout”. En marchant vers son kebab préféré, Amar ajoute : “J’ai deux pays, l’Algérie et la France et deux familles, celle qui est là-bas et l’association. Donc on est pas malheureux !”

Vendredi

On arrive place du Pont “Ici on cherche quelqu’un, on le trouve”. On file grande rue de la Guillotière et on discute de l’apprentissage du français. “Je suis bavard moi, j’ai pas froid au yeux, alors petit à petit je parle un peu mieux”.

On esquive la politique algérienne mais on essaie de renifler les souvenirs de chorba de là-bas. “Mais moi j’adore le fromage ! Un bon camembert avec une bonne bouteille de vin, ça c’est bon !”. Aujourd’hui, Amar Hamlati est heureux, et franchement, nous aussi.

L’association l’Olivier des sages se trouve au 8 rue de l’Epée, dans le 3e arrondissement.

Nova Lyon

avril 8th, 2019

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